Imagine
imagine si ceci
un jour ceci
un beau jour
imagine
si un jour
un beau jour
ceci
cessait
imagine
Samuel Beckett, extrait de Mirlitonnades, Les éditions de Minuit, 1978
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« La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers. »
Charles Baudelaire

Atelier
les p'tits mots
Arbre au-dedans Dans mon front a poussé un arbre. Il a poussé au dedans. Ses racines sont des veines, des nerfs ses branches, ses feuillages confus des pensées. Tes regards l’enflamment et ses fruits d’ombres sont oranges de sang, grenades de lumière. Le jour se lève dans la nuit du corps. Là au-dedans, dans mon front, l’arbre parle. Approche, tu l’entends ?
"Faire du chemin...c'est d'abord une expérience physique.imagine si ceci
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Samuel Beckett, extrait de Mirlitonnades, Les éditions de Minuit, 1978
Gilles Deleuze Un prodigieux bégaiement « sur le style ! »
Extrait de Gille Deleuze / Claire Parnet : Dialogues (Flammarion, 1977)
Je voudrais dire ce que c’est qu’un style. C’est la propriété de ceux dont on dit d’habitude "ils n’ont pas de style... ".
Ce n’est pas une structure signifiante, ni une organisation réfléchie, ni une inspiration spontanée ni une orchestration, ni une petite musique. C’est un agencement, un agencement d’énonciation.
Un style, c’est arriver à bégayer dans sa propre langue. C’est difficile parce qu’il faut qu’il y ait nécessité d’un tel bégaiement. Non pas être bègue dans sa parole, mais être bègue du langage lui-même. Etre comme un étranger dans sa propre langue. Faire une ligne de fuite. Les exemples les plus frappants pour moi: Kafka, Beckett, Gherasim Luca, Godard.
Gherasim Luca est un grand poète parmi les plus grands: il a inventé un prodigieux bégaiement, le sien. Il lui est arrivé de faire des lectures publiques de ses poèmes; deux cents personnes, et pourtant c’était un événement, c’est un événement qui passera par ces deux cents, n’appartenant à aucune école ou mouvement. Jamais les choses ne se passent là où on croit, ni par les chemins qu’on croit.
On peut toujours objecter que nous prenons des exemples favorables, Kafka juif tchèque écrivant en allemand, Beckett irlandais écrivant anglais et français, Luca d’origine roumaine, et même Godard Suisse. Et alors? Ce n’est le problème pour aucun d’eux.
Nous devons être bilingue même en une seule langue, nous devons avoir une langue mineure à l’intérieur de notre langue, nous devons faire de notre propre langue un usage mineur. Le multilinguisme n’est pas seulement la possession de plusieurs systèmes dont chacun serait homogène en lui-même; c’est d’abord la ligne de fuite ou de variation qui affecte chaque système en l’empêchant d’être homogène. Non pas parler comme un Irlandais ou un Roumain dans une autre langue que la sienne, mais au contraire parler dans sa langue à soi comme un étranger.
Proust dit: "Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. Sous chaque mot chacun de nous met son sens ou du moins son image qui est souvent un contresens. Mais dans les beaux livres tous les contresens qu’on fait sont beaux."
C’est la bonne manière de lire: tous les contresens sont bons, à condition toutefois qu’ils ne consistent pas en interprétations, mais qu’ils concernent l’usage du livre, qu’ils en multiplient l’usage, qu’ils fassent encore une langue à l’intérieur de sa langue. " Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère..."
C’est la définition du style. Là aussi c’est une question de devenir. Les gens pensent toujours à un avenir majoritaire (quand je serai grand, quand j’aurai le pouvoir...).
Alors que le problème est celui d’un devenir-minoritaire: non pas faire semblant, non pas faire ou imiter l’enfant, le fou, la femme, l’animal, le bègue ou l’étranger, mais devenir tout cela, pour inventer de nouvelles forces ou de nouvelles armes.
Le viatique du non
Rouge-gorge, mon ami, qui arriviez
quand le parc était désert, cet automne,
votre chant fait s’ébouler des souvenirs
que les ogres voudraient bien entendre.
Parole, orage, glace et sang finiront
Par former un givre commun.
Si l’homme parfois ne fermait pas
souverainement les yeux, il finirait
par ne plus voir ce qui vaut d’être
regardé.
Sobres amandiers, oliviers batailleurs
et rêveurs, sur l’éventail du crépuscule,
postez notre étrange santé.
René Char
Voici un des 16 tableaux de mots dont chacun présente à peu près trente-cinq mots en couleurs.

© Une Education Pour Demain
Tous les signes (graphèmes) représentant le même son sont de la même couleur.
Les mots écrits sur une même ligne ne sont pas nécessairement reliés par le sens. Cependant, les mots de n'importe quel tableau ou de tous les tableaux peuvent être reliés pour former des phrases et des paragraphes signifiants en les touchant avec un pointeur dans un certain ordre temporel.
Ces mots ont été choisis pour que les apprentis puissent se poser les questions essentielles à l'apprentissage de la lecture :
« J’ai dans mon regard » JE T’AIME !
Johan, I.M.Pro
« J’ai dans mon regard », des gâteaux aux chocolat toutes les recettes
J’ai dans mon regard tous les avis de tempêtes, d’orages et de pluie
Jérémy, I.M.Pro
« J’ai dans mon regard », la télévision et ordinateur,
J’ai dans mon regard, jolie une mamie,
J’ai dans mon regard, un gros papy,
J’ai dans mon regard Jérôme,
J’ai dans mon regard un parrain,
J’ai dans mon regard la météo,
J’ai dans mon regard marraine,
J’ai dans mon regard Solène,
J’ai dans mon regard naissance de petit bébé,
J’ai dans mon regard la musique,
J’ai dans mon regard un monde,
J’ai dans mon regard cirque,
J’ai dans mon regard le film,
J’ai dans mon regard la piscine,
J’ai dans mon regard sœur,
J’ai dans mon regard un théâtre,
J’ai dans mon regard jardin une fleur.
Mathieu, I.M.Pro

*** **
album : Comme À La Radio
J'ai vingt-six ans, mais seulement quatre d'utiles.
Je ne comprend rien à rien
J'ai peur des papillons
Mon père est mort à la guerre.
Quand j'étais petite j'avais un gilet en angora rose qui s'arrêtait avant les côtes flottantes
Les vieux messieurs m'aimaient beaucoup.
Je ne crois pas à l'expérience
Je me méfie des endroits clos
Je ressens la paresse comme une maladie
J'aime les rivières jaunes.
Il faut te dire que j'ai derrière l'oreille un coin de peau extraordinairement doux
Que j'aime les laitages et les bananes très mûres
Je souhaite toujours qu'un ouragan m'emporte
C'est pourquoi je me suis attachée sur ce fauteuil avec des sangles de vélo.
J'aime toutes les histoires qui commencent par "il était une fois"
Je hais le café au lait
Avant, les garçons me frottaient toujours les oreilles
Une fois j'ai vu les chars blindés sur l'avenue d'Orléans
J'aime les rengaines d'amour et les frites me font pleurer
Sur l'eau, les bateaux me suivent toujours
Ils me font peur... ils me font peur.
J'ai vécu très longtemps ici ou là, chez des ami
Un jour, j'ai cassé une table en marbre
J'aime les hommes pas rasés
J'ai souvent mal aux dents
J'ai faim quand il ne faut pas.
Voilà, tu sais tout.
Courir de peur, de frayeur
Ressentir de la haine
Tomber de haut
Réfléchir avant d’agir
Agir pour le bien
Penser à l’avenir
Hésiter pourtant pour faire le bon choix
Et sauter de joie
D’avoir des sentiments
Fourmiller jusqu’au bout des doigts
Paul, 6°4
L’inspiration ou idée
L’inspiration vient à l’idée quand on pense à quelque chose
L’inspiration vient comme ça, c’est un déclic
L’inspiration est
Élève, 6°
Avoir bec, plumes, griffes
Vendre sa coquille
Hésiter d’attaquer l’étranger
Se disperser dans ma forêt
Danser dans les chutes
Chanter mon nid
Être africain, être sans réponse, être sans savoir
Questionner mes enfants
Et fuir les musées
Ludovic, 6°4
Gertrude
Gertrude, un prénom qui a une sensation bizarroïde
Gertrude inspiration de l’esprit
Gertrude avec un ami Arthur
Vraiment ce gars il Gertrude !
Anthony, 6°3
Tina
Tina tu es ; Tina est ; tu seras toujours Tina
Tina est Tina et ne seras plus tout
La vie de Tina est si Tina.
Tina vit avec Tina.
Tina, 6°
Dans ma tête a poussé une plante Tina
Elle a poussée au dehors Tina
Ses bulbes sont des tuyaux, des racines,
Ses fleurs, seules feuilles confuses de jour en jour Tina
Il a mordu pomme et il a vue une Tina
Tu as un homme
Il va sur internet
Je cherche le prénom Tina
Élève, 6°
J’aime les quatre couleurs :
Le rouge, le bleu, vert, jaune
C’est beau, ça donne envie de vivre
Comme ça me donne envie de vivre
J’utiliserai tout le temps les quatre couleurs, je peux tricoter des peluches
Avec ces couleurs, au moins je pense à elles
Quand je pense à elles je l’aime quand j’ai peur je prends ma peluche
Elle me rassure, c’est vraiment bizarre comment on arrive à s’attacher à ces couleurs
Je les aime
Myriam & Lisa, 6°
J’avais l’impression d’être au dessus du vide
Comme si on était très haut
J’ai l’impression que le corps se vide-
Car nous sommes si haut que…
Nafiya, 6°Le chat
Le chat ouvrit les yeux
Le soleil y entra
Le chat ferma les yeux
Le soleil y resta
Voilà pourquoi le soir
Quand le chat se réveille
J'aperçois dans le noir
Deux morceaux de soleil
Maurice Carême (1899 - 1978) - l'Arlequin
LA BALEINE
*merci à Mohamed, CP, pour ses récitations
Quand la baleine
A de la peine
Un grand jet d'eau
Pleure à son dos
Et tant de larmes
Font tel vacarme
Que son chagrin
Soulève un grain
Et sa souffrance
Est si intense
Que ses sanglots
Salent les flots
Foncarrade, prison blanche, où dès que l’on parle les profs nous mettent un rappel à l’ordre.
Foncarrade, prison blanche, où dès que la sonnerie retenti nous devons nous mettre en rang.
Foncarrade, prison blanche, où des barreaux sont installés tout autour.
Foncarrade , prison blanche, où les plus grands se moquent de toi sans arrêt.
Foncarrade, prison blanche, une joie pour les surveillants qui n’hésitent pas à te mettre un rapport.
Foncarrade, prison blanche, où les salles se ressemblent toutes.
Foncarrade, prison blanche, cela est vraiment un enfer pour les élèves.
Foncarrade, prison blanche, ici c’est pire que tout, je me demande comment ça sera à Orange.
Anthony, 6°3, mai 2007
Terre, planète rouge, où des arbres avec des cerises
Terre, planète rouge, où des animaux sauvages
Terre, planète rouge, où dedans l’eau des poissons rouges
Terre, planète rouge, où l’argent rouge comme un billet de 10 euros
Terre, planète rouge, j’aime tout ce qui est rouge
Élève, 6°4
Terre, planète rouge, des planètes où il y a des gens contents
Terre, planète rouge, où un astronome a un déguisement blanc avec un casque
Terre, planète rouge, où une fumée vole dans les airs
Terre, planète rouge
Élève, 6°4
Mon univers bleu, où dans une mer bleue des poissons rouges et des sirènes roses se voient
Mon univers bleu, où un ciel bleu avec son ami soleil jaune a un autre ami nuage gris
Mon univers bleu, un stylo bleu qui écrive à ma place et qui me fasse apprendre mes leçons
Mon univers bleu, où un ami a les yeux bleus
Mon univers bleu, une chemise pour un homme qui va se marier
Mon univers bleu, mes veines bleues qui circulent de partout.
Myriam, 6°4

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