Paul Celan- Matière de Bretagne
De Paul Celan aux éditions Corti : La Rose de personne.
Né à Czernowitz (en Bucovine, province actuelle de l’Ukraine), sa vie et son œuvre sont à jamais marquées par la persécution des Juifs : ses parents meurent dans un camp nazi, il est lui-même l’un des survivants d’un camp en Moldavie. Il épouse Gisèle de Lestrange, graveur, en 1952 et enseigne à partir de 1959 la littérature allemande à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il se donne la mort à 50 ans en 1970 en se jetant dans la Seine.

MATIERE DE BRETAGNE
Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.
Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.
(Me connaissiez-vous,
mains ? J'allai
le chemin fourchu que vous marquiez, ma
bouche crachait ses galets, j'allai,
mon temps, surplomb neigeux en marche,
jetait son ombre – me connaissez-vous ?)
Mains, la plaie
courtisée par l'épine, cela sonne,
mains, le néant, ses mers,
mains, dans la lumière de genêt, la
voile de sang
fait route vers toi.
Né à Czernowitz (en Bucovine, province actuelle de l’Ukraine), sa vie et son œuvre sont à jamais marquées par la persécution des Juifs : ses parents meurent dans un camp nazi, il est lui-même l’un des survivants d’un camp en Moldavie. Il épouse Gisèle de Lestrange, graveur, en 1952 et enseigne à partir de 1959 la littérature allemande à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il se donne la mort à 50 ans en 1970 en se jetant dans la Seine.
MATIERE DE BRETAGNE
Lumière de genêt, jaune, les pentes
suppurent vers le ciel, l'épine
courtise la plaie, cela
sonne là-dedans, c'est le soir, le néant
roule ses mers à la prière,
la voile de sang fait route vers toi.
Sec, envasé,
le lit derrière toi, enjonque
son heure, en haut,
près de l'étoile, les ruisselets
laiteux babillent dans la boue, datte de pierre
en contrebas, buissonnante, bée dans le bleu,
un arbrisseau d'éphémère, superbe,
salue ta mémoire.
(Me connaissiez-vous,
mains ? J'allai
le chemin fourchu que vous marquiez, ma
bouche crachait ses galets, j'allai,
mon temps, surplomb neigeux en marche,
jetait son ombre – me connaissez-vous ?)
Mains, la plaie
courtisée par l'épine, cela sonne,
mains, le néant, ses mers,
mains, dans la lumière de genêt, la
voile de sang
fait route vers toi.
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